Maurice Michaud

 1. Je m’appelle Maurice M. .J’habite dans un gentil bourg du sud des Deux-Sèvres - Sauzé-Vaussais - où je me suis installé. J’y ai monté mon entreprise de maçonnerie et construit ma maison. Je vis avec la femme que j’aime, Michèle, avec qui j’ai bâti cette maison, le soir, la nuit, après le boulot. J’ai trente et un ans, j’aime ma femme, mon chien de chasse, mon boulot, ma maison, le rugby, le poker, la vie quoi... 1939...La guerre contre l’Allemagne est déclarée. Je suis appelé. J’ai trente et un ans, la vie devant moi... et je dois partir à la guerre. Je suis affecté dans le Génie. Je pars donc de Sauzé le 8 septembre 1939, en train. J’arrive à Arras le 10. Je continue vers Wailly où je débarque enfin, moulu ! Nous sommes le 11 septembre. Nous sommes très nombreux : ça va barder pour les Allemands ! Je n’aimerais pas être à leur place... Le 15, on retourne de Wailly vers Arras, et cette fois à pied : six kilomètres. Pour reprendre le train ! On voyage deux jours, et on débarque en pleine nuit à Saint-Juvin, au nord-est de Verdun. On fait quinze kilomètres à pied et on s’arrête dans une ferme pour se reposer. On en avait besoin... D’autant que de là, on se tape encore quatre jours de marche en direction de la frontière belge. On s’arrête un peu en passant à Sommerance, puis on revient vers Grivy-Loisy où l’on arrive le 21 septembre. On y reste cinq jours. Là, on nous occupe : soit on manœuvre, soit on fait des travaux défensifs tel qu’arracher l’herbe au bord des routes...Le soir, avec trois camarades, Georges, Henri et Ghislain, nous allons au village voisin, manger dans un petit bistrot. Le 26, on refait un voyage en train. C’est pour aller jusqu'à Tannay, et pour repartir le 27 vers Chémery où l’on s’installe quelques jours. Là, j’ai un accident : une charrette me passe sur le pied, m’écrasant (un peu) le gros orteil et faisant une plaie. Cinq jours d’immobilisation de gagnés ! Les copains font toutes sortes de travaux partout, dont rien ne sera jamais terminé. Le 7 octobre, nous partons pour Cheveuges, à douze kilomètres de là, et à huit de Sedan. Nous faisons d’autres travaux inutiles, qui ne seront pas terminés non plus. On travaille sous la pluie, pour rien. Nous sommes très mal nourris. Nous sommes dégoûtés...En nous promenant, Georges et moi nous trouvons une nasse dans une rivière qui passe par là, la Bar. Dedans, il y a une superbe anguille d’au moins trois livres. Ce serait dommage qu’elle se perde. Nous allons à Chéhéry pour essayer de trouver un endroit où la faire cuire. Après avoir fait plusieurs maisons où nous sommes très mal reçus- les civils des Ardennes ne sont pas aimables envers le soldat... - nous trouvons enfin un ménage de Belges qui veut bien nous cuire notre poisson. Nous dînons avec eux. Nous mangeons de la soupe, l’anguille avec des frites, de la salade et du raisin. Nous avions acheté le pain et le vin. Nous remercions ces braves gens qui venaient de perdre leur fille en couche après sa fuite de Belgique. Elle est morte aux Sables d’Olonnes. Le 15 octobre, nous descendons un peu vers le sud, à la Cassine, où nous exécutons des grands travaux antichars et construisons des casemates. Ces travaux n'ont qu'un défaut celui d’être fait avec quelques années de retard... La vie est très dure. Il pleut tous les jours, et nous sommes de plus en plus mal nourris. Pendant ce temps, nos chefs font la bombe ! La première perm arrive ! Quelle joie ! Michèle, ma maison, ma vie ! Je ne peux plus repartir. D’ailleurs, je ne repars pas ! Enfin, je reviens. Avec sept jours de retard ! En temps de guerre ça fait beaucoup. Mais tout s’arrange grâce au capitaine M. Je ne prends rien, sauf un mois de garde de la part de mon lieutenant à qui j’ai répondu un peu... “ fort ”.Le 1er février 1940, notre section va camper pas très loin, à Terron-Les-Vendresses. Des Espagnols arrivent et sont mis au travail avec nous. Ils sont dans un sale état. Ils crèvent de faim. Nous les aidons le plus possible. L’hiver est vraiment très rigoureux ici. Nous travaillons par tous les temps : pluie, neige et gel, même par moins vingt huit degrés ! Aussi, bronchites, pleurésies, pneumonies se déclarent-elles à la chaîne. Les copains partent à l’hôpital à une cadence de trois, quatre, cinq par jour. Enfin, c’est la guerre !...Et moi, j’ai un pied gelé qui me fait bien souffrir. Les jours s’écoulent, tristes, longs, inutiles et bêtes... La seconde perm arrive. Michèle, mon chez-moi, mon nid...Comment le temps qui traîne tant à se dérouler là-haut peut-il passer si vite ici ? Il faut déjà retourner vers le froid, la boue, la faim, l’ennui... Triste sort. Je suis rentré dans les temps. 10 mai 1940 : la guerre totale est déclarée ! 2 C’est vraiment LA GUERRE. Le 11 mai 1940, je travaille à Omont, à la construction d’un téléphérique. J’ai pour mission d’en diriger les travaux. Tout à coup un avion allemand surgit et fait un passage en rase-mottes à vingt mètres d’altitude. Il nous mitraille. Il y a quelques blessés dont un civil. Les choses tournent mal très vite. Les routes se remplissent de réfugiés. Femmes, enfants, vieillards jetés sur les routes et les chemins, fuient leurs foyers en flammes, détruits. C’est un spectacle désolant. Le 12 mai, un dimanche, je vais à Omont avec Georges porter mon courrier pour qu’il aille plus vite par le régiment d’un gars du pays, André. Le retour n’est pas gai : le ciel est rempli d’avions ennemis. Dans l’après-midi, nous allons à Vendresses avec René. Une cinquantaine d’avions arrive et ils commencent à bombarder. Il est sept heures du soir, et nous avons juste le temps de sauter dans un fossé. Nous y restons une longue demi-heure. Les bombes tombent un peu partout. A La Cassine, quelques copains sont tués, ainsi que des chevaux. A Vendresses, une bombe est tombée sur une épicerie, tuant la mère et la fille. Nous finissons par regagner Terron. Nos lits sont pris par des réfugiés. On couche dehors. Aux premiers rayons du soleil, ils partent tous, de partout : de Terron, de Vendresses, ils se mettent en marche, poussés par la peur, laissant les maisons ouvertes et le bétail dispersé, avec cette terrible certitude qu’ils ne reviendront jamais. Un peu plus tard, dans cette journée du lundi 13 mai, à nouveau des avions surgissent. Par vagues de cent, deux cents, trois cents appareils. Et sans arrêt, ils bombardent. A six heures du soir, tous les civils sont partis. Les cochons, les vaches, les chèvres, les poules, les lapins fuient, affolés. Des incendies se sont allumés un peu partout...Nous restons toute la matinée couchés dans un fossé sans pouvoir relever la tête, avec la peur au ventre. Le fossé est plein d’eau et nous sommes complètement trempés. A midi, les avions nous laissent un répit de dix minutes et nous courrons pour gagner les bois. Nous ne pouvons pas les atteindre car déjà ils reviennent. Nous nous arrêtons dans un petit bois, à peine couvert, et nous y restons couchés jusqu'à huit heures du soir, le ventre encore dans l’eau ! J’avais emporté, en prévision une boîte de conserve - du lapin de Sauzé avec le bon goût du pays, reçue trois jours avant -. Une bombe tombe et explose à vingt mètres : ma boîte est fauchée et ma manche de veste est déchirée par un éclat. Après la seconde mort du lapin, ça a failli être la première pour moi ! Les bombes tombent sans interruption. Certains avions volent bas et crachent leur mitraille. Les balles et des éclats divers sifflent à nos oreilles. Ce n’est qu’incendies et fumées autour de nous. L’air, âcre, est irrespirable. Nous sommes abrutis, transis de froid, de trouille, couverts de terre, de boue, de feuilles déchiquetées, entièrement trempés, le ventre vide mais nous n’y pensons même pas...À quelques kilomètres la bataille fait rage : les canons, les mitrailleuses, les tirs de tanks font un vacarme infernal. On se demande comment un être humain peut sortir vivant d’un enfer aussi total...À huit heures, les passages d’avions cessent. Nous n’avons vu, pendant toute la journée, que deux chasseurs français ! Deux ! Mais où est notre aviation ? Le calme revenu, nous retournons à Terrons pour aller dormir au blockhaus. Mais en arrivant au village, un taureau rendu furieux par les événements nous fonce dessus. J’évite ses cornes de justesse. Marcel lui tire cinq coups de revolver dans la tête, ce qui ne l’empêche pas de repartir plus loin, encore plus énervé. Nous rencontrons des fantassins français qui passent en nous criant que les Allemands sont à Vendresses, à un kilomètre. Vite, je prends une couverture, une musette que je remplis de vivres, le fusil, et nous filons au blockhaus. Soudain deux bombardiers arrivent. Nous écrasons sur la route, mais ils passent sans bombarder. Enfin nous arrivons au blockhaus. Nous ne savons pas où est notre lieutenant. Un camion du 15ème génie passe. Les soldats qui sont dessus crient :- Les boches sont partout !... Le Génie de La Cassine est parti !...- Ils sont partis ?... Mais on en fait partie !...- Ils se sont barrés on vous dit ! Partez ! Fuyez ! Sauvez votre peau !...Et c’est vrai ! Notre Compagnie est partie sans nous attendre et sans nous avertir...Alors nous fuyons en pleins bois. Nous contournons Omont, occupé par les Allemands. Nous arrivons à Chagny. Nous sommes très inquiets : nous n’avons pas d’officier, et nous craignons d’être arrêtés comme déserteurs. Dans la pagaille civilo-militaire, on va aux renseignements. On nous envoie à Poix-Terron, en plein front, à dix kilomètres au nord. Il est minuit et demie. On nous fait coucher dans un hangar, à côté d’un gros camion chargé d’obus ! L’endroit est malsain, et une heure plus tard, nous décidons de nous tirer de là pour rejoindre Le Chesne avant le jour, à vingt kilomètres au sud. En plein jour, sous les bombardements, ce ne sera plus possible. Nous sommes environ quatre vingt hommes. Sans bruit, nous partons en passant entre les camions dans la route est pleine. Nous arrivons à Chagny. Un commandant et un général nous arrêtent. Nous expliquons notre cas. Ils nous disent de rester là, qu’ils auront besoin de nous. Alors on s’assoit tous sur les bords d’un fossé. Et on attend...Ici, notre avenir n’est pas beau : nous sommes dans une grande plaine, et quand les avions seront là, ils nous verront comme au milieu d’une cible et nous mitrailleront tranquillement à bout portant. Je vais trouver le général :- Mon général, nous voudrions rejoindre notre compagnie. Notre place est avec nos officiers et nos camarades...Il me félicite et il nous dit :- Vous avez du cran les gars ! Allez-y et bonne chance ! On sort du village en direction d’Omont. Aux dernières maisons, des soldats dressent des barricades avec des lits, des matelas, des armoires, des voitures... Dérisoire. Ils nous lancent : - Si vous allez par là, dans une heure vous serez pris entre deux feux et vous serez foutus ! Courageusement on passe quand même. Cinq cents mètres plus loin, nous prenons le premier chemin à droite et nous filons sur Le Chesne. Plusieurs copains ont peur. Ils nous abandonnent et rebroussent chemin. Nous sommes le 14 mai, mardi. Il est cinq heures, le soleil apparaît à peine, et les bombardements reprennent. Nous arrivons à le Chesne à dix heures, après de nombreux arrêts pour nous cacher et nous protéger des avions. Un capitaine nous confirme le passage de notre compagnie ici la veille. A vrai dire, cela nous rassure car nous n’avions aucune certitude qu’elle était vraiment partie de La Cassine ! Nous sommes fatigués. Nous avons faim et soif. Beaucoup de camarades ne pensent qu’à fuir. À la fin, nous ne sommes plus que dix. Dans le bourg abandonné, un magasin COOP est au pillage. Nous décidons de nous y arrêter. Nous prenons du chocolat, des conserves, des fruits, des gâteaux, des liqueurs, du vin vieux, du champagne, et d’autres vivres. Et nous allons nous installer sous un arbre dans un jardin. Au bout d’une demi-heure, nous sommes tous les dix pas mal ivres... On ne s’occupe même plus de ces avions qui bombardent, qui mitraillent, qui sèment la mort sans interruption ! Vers midi, nous repartons. La ville est vide ! Nous en sommes les derniers habitants ! Ça brûle partout. Tout est détruit, effondré, cassé, tordu, cramé... Quel spectacle ! Nous prenons la direction de Vouziers et nous finissons par rejoindre d’autres militaires en fuite. La route en fourmille, en déborde. Quelle débandade ces milliers de soldats, de toutes les armes, qui ont perdu leur régiment, leur commandement ! Comment une telle débâcle est-elle possible ? En seulement quatre jours de guerre ? Et pourquoi ? Il faut se cacher à chaque instant. Les avions larguent leurs bombes et crachent leur mitraille tout le long de la route. Que de pauvres types dorment pour toujours un peu partout...Les chevaux tombent en quantité, n’ayant pas comme l’homme l’idée de se cacher. Ils meurent sans comprendre. Eux aussi. On s’assoit sur le bord d’un fossé. Dix minutes. Et on repart. On n’a pas fait trente mètres que deux avions mitraillent en faisant un passage en rase-mottes : douze morts, à l’endroit exact où nous étions assis une minute plus tôt ! Un camion passe. Je saute dedans avec Marcel. Georges ne peut l’attraper. Je lui crie :- On t’attend à l’entrée de Vouziers ! Nous y arrivons vers seize heures, après des centaines d’arrêts. A l’un de ces arrêts, près d’une ferme, nous trouvons, avec Marcel, un pauvre petit chien abandonné, tremblant et affamé. Nous le prenons sous notre protection. Puis nous avons juste le temps de nous précipiter dans un abri : trente avions passent en lâchant leur cargaison de malheur. Plusieurs gardes mobiles qui passaient en moto sont réduits en miettes...Les maisons flambent et s’écroulent. Des blessés crient, geignent, appellent, gémissent un peu partout. Dans l’abri où je suis, les femmes et les gosses pleurent, sanglotent. C’est terrible. A sept heures et demi, nous sortons enfin de là et nous repartons. Les civils évacuent. Nous n’avons pas retrouvé Georges. Nous ne sommes plus que quatre : l’autre Georges, Marcel, André et moi. On se procure du pain qu’un brave boulanger nous donne, on réquisitionne du tabac et des vivres, et l’on quitte Vouziers. On trouve une ambulance qui nous conduit à Ville-sur-Tourbe. Là, nous couchons dans une grange, parmi les évacués. Le mercredi 15 mai au matin, juste au réveil, nous assistons à un combat d’avions. Un Anglais est descendu, l’autre bat en retraite. Les avions ennemis passent sans bombarder. Nous partons. Nous trouvons une voiture de gosse abandonnée, un landau dans lequel nous mettons le chien, nos musettes, couvertures et fusils. Nous voilà beaux, tous les quatre avec une poussette ! La route est pleine de civils, surtout des Belges et des Luxembourgeois. Les avions continuent à passer sans bombarder, ne voyant que des civils. En début de soirée, vers sept heures, nous nous arrêtons à deux kilomètres d’un village, dans un abri au bord de la route. Nous n’avons plus rien à manger. Nous retrouvons quatre soldats du 6ème Génie. On se couche après avoir volé de la paille et du lait à la ferme d’en face. Puis deux jeunes femmes avec deux petites filles nous rejoignent, ainsi que cinq vieillards et quatre gosses. Nous dormons tous, entassés et mélangés dans cet abri. Je pense à Michèle... Le lendemain, nous repartons dès quatre heures. Il y a des bombardements toute la matinée. Nous sommes arrêtés par des gardes mobiles. Nous sommes inquiets car nous craignons d’être portés comme déserteurs. A quatorze heures, ils s’en vont. Après nous être renseignés comme nous le pouvons, nous concluons que nous devons rejoindre Suippes. C’est là qu’un sous-chef d’aviation, nous prenant pour des espions, vient nous arrêter. Deux arrestations dans la journée, ça devient une habitude ! Après discussion, explications, heureusement il nous laisse repartir. Les copains sont crevés. Ils veulent monter dans un des camions vides qui passent. Moi, je ne veux pas : les avions les mitraillent sans arrêt car ils représentent des cibles faciles. Alors, trop contents de l’aubaine, quinze soldats du 15ème Génie montent à notre place. Nous continuons à pied. Alors que nous marchons depuis peu de temps, des avions mitraillent en rase-mottes et bombardent. Nous n’avons que le temps de sauter dans un trou en nous y faisant le plus petit possible... Nous attendons que ça passe, puis nous repartons. Trois kilomètres plus loin, nous retrouvons le camion que je n’ai pas voulu prendre : il vient d’être mitraillé. Sur les quinze occupants, treize sont morts. Déchiquetés. En bouillie. Les deux autres agonisent : le moins blessé a huit balles dans les reins, l’autre hurle comme un fou. Horrible. Les copains me remercient... On réalise que l’on n’est plus rien. Des morts encore vivants ou des vivants presque morts. D’une mort anonyme. Inutile. Et sans gloire, mais de la gloire on s’en fout...Après ce moment terrible, nous arrivons dans un petit village. Une brave femme nous ravitaille un peu. Un bistrot fonctionne encore - miracle de la vie ou du commerce - et nous y allons boire et manger. Après ce bon moment de répit, nous repartons vers Suippes. Un peu plus loin, la rumeur générale de la débâcle nous apprend que cette ville est en flammes. Nous faisons donc demi-tour pour filer sur Sainte-Menehould. Nous passons à Somme-Bionne, puis à Valmy avant d’arriver à Daumartin. Il est dix heures du soir. Nous sommes fatigués et sales. Nous cherchons une grange. Elles sont toutes pleines de réfugiés apeurées et désespérés. Nous trouvons une ferme dans laquelle nous pénétrons. Nous nous installons dans un coin du grenier et nous nous effondrons. Mais nous ne dormons pas longtemps. Vers onze heures, le propriétaire, qui est aussi le maire, s’étant aperçu qu’il avait des invités veut nous faire déloger. C’est vrai que nous avons une sale allure : nous sommes en treillis, pas rasés de plusieurs jours, couverts de boue, d’herbe collée... je descends. Après une demi-heure d’explications, il accepte de nous garder. A moitié rassuré... À quatre heures du matin de ce 17 mai, nous repartons vers Ste-Ménehould. Là, les gendarmes nous arrêtent. Encore ! Mais une alerte sonne : ils nous laissent tomber pour aller se cacher au fond d’un abri. Nous abandonnons la voiture d’enfant qui nous fait vraiment trop remarquer. Il va falloir marcher à pied le chien ! Nous mettons nos affaires dans un sac à blé. Nous sommes chargés car en chemin nous avons récupéré pas mal de linge abandonné le long des routes par des civils en fuite. Nous entrons dans la ville. Les bombes tombent de tous les côtés. Un écriteau indique un abri. Nous y pénétrons et nous suivons un long couloir. Au bout, c’est l’abri. Et c’est là que nous retrouvons l’Etat-major ! Tous ces gradés planqués sont pitoyables. Il y a des choses que l’on comprends mieux...Le colonel, après nous avoir questionnés - sans nous laisser parler - nous traite de tous les noms, de lâches, de déserteurs, etc... Il à bonne mine lui, caché au fond de son terrier à se faire dans les frocs ! Il nous envoie dans le haut de la ville rejoindre un camp. Nous y retrouvons notre sergent-chef et une dizaine de copains de notre compagnie. Il nous fait inscrire sur des listes, et nous attendons la suite des événements. “ D’ici qu’ils nous fassent désherber les routes ! ” Je me dis à moi-même... Les avions bombardent toujours. Aussi, nous décidons de ne pas rester dans ce camp où il n’y a aucun abri. Nous redescendons en ville. Nous sélectionnons un abri, près de la gare, où nous sommes bien. Cinq bistrots et hôtels sont détruits aux alentours. Nous restons quatre jours à boire à volonté apéritifs, liqueurs, vins fins, champagne, conserves... Nous allons tirer le lait des vaches dans les champs voisins, on tue un veau et on vend ce qu’on ne peut pas manger... Enfin, c’est parfait ! Avec Marcel, nous refaisons la couverture d’un toit en récupérant les tuiles pas trop cassées un peu partout. Et nous gagnons cent francs dans la journée. Tout ça permet d’oublier un peu la guerre, les bombes, les morts, les officiers français... 3 Nous avons l’impression que les choses se précipitent. Et très vite les faits nous donnent raison. Ainsi, le 20 mai, il faut repartir. On nous envoie à Varenne-en-Argonne. Là, des gardes mobiles nous emmènent en camion à Verdun où nous restons quatre jours. Nous tenons le coup grâce aux provisions que nous avons prises à Ste-Ménehould, des sacs pleins de conserves, de vins fins, de champagne. Mais tout ça fini aussi par s’épuiser... Le 24 mai, nous partons à St-André où nous retrouvons l’endroit où le secteur postal est basé. Mais ils sont partis ce matin et nous devons retourner à Verdun ! Nous sommes des pions inutiles que l’on déplace sur des coups de dés, au hasard. C’est fou et incohérent ! Le 25 mai, on reprend le train. Le petit chien est toujours avec nous. Il n’y a que lui qui a grossi. Après un voyage crevant perpétuellement ponctué d’alertes, nous arrivons enfin à Vitry-le-François. Et là, surprise, nous retrouvons le secteur postal ... qui ignore où est la Compagnie ! Quelle pagaille ! Nous restons sur place six jours. Les bombardements sont quotidiens et terribles. La ville est à moitié rasée. Le soir, nous allons à Prignicourt boire un coup. La nuit, nous préférons coucher dans un silo à blé, parmi les civils : nous y sommes plus en sécurité. Le jour, nous prenons nos repas à côté de la gare, à un centre de triage pour permissionnaires, mais nous y allons juste pour manger. Le bombardement le plus violent, le plus intense, a lieu le dimanche 28 mai à midi. Quarante bombardiers lâchent leurs bombes tous ensembles car des chasseurs sont à leur poursuite. Tout ça tombe sur le secteur de la gare juste au moment où un train de munitions fait son entrée ! Le soir à six heures, ça saute encore. Notre camp est sérieusement touché, et de nombreux copains sont blessés ou tués. Le 31 mai, après nous être bien approvisionnés, nous reprenons le train (un train de marchandises) pour Chalons, et le soir, nous couchons dans une caserne de cette ville. Qu’est-ce que nous voyageons ! Tôt le matin, en reprenant le train, nous avons un petit problème car “ on ” veut nous faire payer la place du petit chien ! Comme la discussion risque de durer, je l’écourte en réglant ça fermement, et le chien ne paye pas. Le 1er juin, nous sommes de nouveau à Verdun. En fait, on tourne en rond. Nous devons aller à la caserne et nous y retrouvons notre compagnie ! Il n’y a que les montagnes qui ne se rencontrent pas ! Avant de la rejoindre, nous devons aller voir notre commandant qui nous a fait demander. Un camion vient nous prendre, et nous partons vers Nixeville où nous arrivons à neuf heures du soir. Le commandant est heureux de nous voir, il nous fait raconter nos pérégrinations. Nous couchons dans une ferme. Le fermier veut bien nous céder un litre de vin. Nous allons dans sa cuisine et il nous donne, en plus, du pain, du lard et des œufs. Finalement, nous faisons un bon casse-croûte et après ça, nous allons dormir. Le lendemain matin, la fermière nous a fait du café (on lui avait dit la veille qu’on en rêvait), nous donne du lait, puis nous fait une fameuse omelette au lard avec douze œufs ! Nous la mangeons à tous les quatre en buvant bien. Nous payons, les remercions et nous partons. Le commandant nous donne quarante francs pour manger car nous devons (encore...) voyager. En camion. Nous repassons par Verdun, par Etain, et nous arrivons à Hans-devant-Pierrepont où se trouve notre compagnie. J’apprends alors que mon copain Georges a été transporté à l’hôpital la veille. Et nous restons là treize jours, avec pour occupation ou mission stratégique (nous sommes dans le Génie) la construction de casemates ! Les Allemands sont à cinq kilomètres de nous. Tous les civils sont évacués, on ne peut plus rien trouver à acheter. L’artillerie française qui est derrière nous, ainsi qu’une pièce de 380 sur chemin de fer tirent sans arrêt, la nuit. C’est un vacarme infernal. Pendant ces journées, s’il y a eu de nombreuses alertes, il y a eu peu de bombardements ennemis. Pourtant, les trois derniers jours, l’artillerie allemande s’est mise à tirer à son tour, expédiant des obus partout autour de nous. Les plus dangereux sont les charknels. On nous envoie creuser des tranchées dans un bois à trois kilomètres de là, en cas de repli de la compagnie. Nous mangeons des cerises et nous sommes assez tranquilles dans ce bois, sauf au moment des alertes aériennes. Le dernier jour est vraiment terrible : l’artillerie allemande se fâche et tire de façon ininterrompue. Toute la matinée du 12 juin des obus tombent autour de nous et explosent de tous les côtés. Les bois qui ont d’abord servi de refuges aux soldats se vident. L’après-midi, la mitraille continue, avec moins de violence peut-être... Le soir, nous pouvons regagner le village. L’artillerie française est partie...La nuit, nous dormons peu et mal car les obus ennemis continuent à tomber partout. On se dit que l’on peut très bien ne pas se réveiller demain matin. C’est vers quatre heures que nous entendons des bruits de moteurs, puis les grincements caractéristiques des tanks : ce sont les français qui se débinent !...L’infanterie s’y met aussi : les tirailleurs Algériens et le 6ème génie qui étaient avec nous dans le village partent en abandonnant tout sur place ! Sauve qui peut ! Il n’y a plus personne...Une fois encore, nous sommes les derniers. Nous visitons les maisons abandonnées. Avec Georges, nous ramenons une douzaine de chèvres, quatre veaux, trois génisses, cinquante lapins, autant de poules et de poulets. Je trouve du pain, du lard et des patates. Je fais cuire un lapin car nous avons tout à notre disposition : plats et cuisinières. Nous mangeons très bien. Je trouve ensuite soixante petits lapins que je vais lâcher en plein champs. A quinze heures de ce 13 juin, l’ordre arrive de nous sauver en vitesse !... 4 Cet ordre - cette permission - de fuir arrive à temps car les obus tombent de plus en plus serrés. Nous gagnons péniblement Sprincourt à pied, puis nous continuons sur Barencourt où nous prenons le train. Partout tout le monde fuit. C’est la même pagaille, sinon plus grande, que l’exode de Sedan. Un marchand de vin défonce ses fûts à grands coups de hache rageurs. Toujours ça que les chleux n’auront pas ! Le vin coule à flot dans le caniveau...Il est minuit. Enfin, le train démarre. Le lendemain matin, nous sommes à Lérouville. Nous y faisons un arrêt. Le commandant descend son auto du train pour aller aux renseignements. En attendant, nous allons dans les jardins pour manger des fruits. Le lieutenant revient. Il nous rassemble et nous apprend que nous sommes cernés par les Allemands. Voilà autre chose ! Pour s’en sortir, il faut faire demi-tour : il ne nous resterait qu’une possibilité de passage car l’ennemi est à huit kilomètres de nous. Dix minutes plus tard le train repart, et nous dedans. Nous passons à Pont-à-Mousson (je me demande s’ils ont souvent la mousson par ici...) et nous arrivons à Nancy. Les voies sont très encombrées. Les trains se suivent en avançant au pas et, bloqués, s’arrêtent de longues heures. L’aviation bombarde. Une bombe tombe assez près de notre wagon, heureusement sans faire de dégâts. On a les oreilles qui bourdonnent... On devient sourds. Nous ne sommes vraiment pas dans des conditions favorables, mais nous sommes si exténués que nous nous endormons. Le lendemain, nous pouvons reprendre la route et nous allons jusqu'à Blainville. Le train s’arrête juste le long d’un champ de fraises : on descend s’en régaler. Ensuite, nous continuons sur St-Dié, Bruyère, Epinal. Toute la journée nous voyageons dans la montagne. Les paysages sont splendides, dommage de les découvrir dans ces conditions. Nous dormons encore dans le train. Le lendemain nous passons à Luxeuil-les-Bains, puis à Rondchamps. Nous profitons des arrêts, trop fréquents, pour nous ravitailler. Nous passons dans une gare fumante qui vient d’être complètement détruite, paraît-il par des avions italiens. Et nous ramassons des paniers de cerises, de pêches, etc... Des wagons foudres de vin sont ouverts : nous y puisons des réserves suffisantes. Et nous dormons encore dans le train. Le 17 juin, nous entrons en gare de Belfort. Il est treize heures trente. Nous débarquons car il est impossible d’aller plus loin. Nous sommes complètement cernés ! Dans les trains, les civils s’affolent. Nous, on nous envoie à la caserne de Belfort. Le 18 juin, à cinq heures, tout le monde est debout : l’aviation ennemie passe en volant très bas. Mais il n’y a pas de bombardements. Nous ne comprenons pas. Je sors de la caserne et je tombe sur ... les troupes allemandes. Elles passent sans s’occuper de nous ! A sept heures, une automitrailleuse entre dans la caserne : deux Allemands, deux( !), nous rassemblent tous dans la cour et nous conduisent dans un grand champ. Nous y restons deux jours. Des tanks, un à chaque coin, mitrailleuses pointées sur nous, nous enlève toute idée de rébellion ou de fuite. Pour aller où d’ailleurs ? Nous devons être environ soixante mille prisonniers ! ! ! Ce sont les civils qui se dévouent pour nous alimenter. De là où nous sommes, nous assistons à la prise de deux forts en face de nous. Les obus, du 320, nous passent par dessus la tête. Les allemands bombardent le fort dont les mitrailleuses crépitent sans arrêt. Quelques balles viennent se perdre de notre côté : trois blessés. Le 20 juin, on nous emmène coucher à Belfort, à la caserne Bougenelle. A peine endormis, on nous réveille : il est trois heures et demie et on doit partir pour Mulhouse. Soixante dix sept kilomètres à faire à pied ! La longue colonne de prisonniers de guerre s’étire sur la route...Nous sommes ravitaillés toute la journée par des civils. Nous avons aussi la possibilité d’acheter à manger et à boire dans les bistrots que l’on trouve, les sentinelles nous laissant gentiment faire nos emplettes. Le lendemain, nous devons nous rendre à Neuf-Brisac. Nous partons comme nous le voulons, à l’heure et au moment décidés par nous. Je démarre à onze heures, avec d’autres. Nous sommes toujours ravitaillés par les civils. Nous buvons pas mal de vin que l’on nous offre, et de la bonne bière. Si bien que le soir je suis un peu saoul ! Je ne suis pas le seul d’ailleurs. Et il nous reste encore dix huit kilomètres avant d’arriver. Je suis si fatigué, par la route, par le vin, par la bière, que vers onze heures du soir, je m’effondre au bord d’un bois. Je suis réveillé par un soldat allemand. Il me fait monter dans son camion. Tout en roulant, je vois des copains couchés eux aussi au bord de la route. J’arrive enfin à la caserne de Neuf-Brisac. Comme il n’y pas de place, je fais comme tout le monde : je m’étends dans la cour et je dors. Au réveil, je suis gelé. Dans la journée, je retrouve mes copains. Nous restons plusieurs jours dans cette caserne. Il ne fait pas beau. Il y a des tempêtes terribles et nous dormons dans l’eau, dans la boue, avec pratiquement rien à manger. Il faut faire la queue huit heures pour avoir une misérable gamelle de soupe. Alors on se débrouille pour coucher dans des maisons de Neuf-Brisach. En étant malins, on réussi aussi à trouver de la paille. Mais le plus terrible, c’est de souffrir de la faim. On se fait de la soupe avec des orties ou des pissenlits. On fouille partout pour trouver quelque chose à se mettre dans l’estomac. Dans ces conditions, tout est bon... Le 11 juillet, on nous prend en camion car nous n’avons plus la force de marcher. Et voilà deux cent cinquante hommes à la triste mine pour désarmer et déminer la ligne Maginot. On nous installe dans une caserne plutôt bien. La nourriture est toujours insuffisante malgré tous les fruits que nous trouvons dans les jardins des casemates que nous occupons. Ces légumes et ces fruits nous aident à tenir. Nos gardiens sont chics avec nous : ils nous donnent parfois du pain, du fromage...Pendant quelques jours, je mange bien en faisant des casemates à Dieboosheim, à Friessenheim, à Oobenheim, à Rhinau, et en construisant une passerelle sur le Rhin. Le 29 juillet, le boulot est terminé. Nous restons là encore huit jours, puis nous enlevons les barbelés. Nous profitons de ce temps pour manger beaucoup de fruits et faire beaucoup de compotes. J’arrive à me placer dans une ferme avec cinq autres copains. Nous sommes mal tombés, mais comme travail ça va : nous cueillons des mirabelles et nous en mangeons des kilos. Je change de ferme avec un copain. Nous y sommes bien car la patronne nous donne un bon casse-croûte et du tabac. Dans les champs, on ramasse des patates que nous cuisons au camp le soir. Il y a aussi du vin et des pêches, ainsi que du rhum de récupération... Le mois d’août passe, et, le 30, à deux heures du matin, nous partons pour Célesta où nous arrivons dans la matinée. On nous fait prendre un train qui nous conduit à Strasbourg. Nous y arrivons en début d’après-midi et nous traversons la ville presque déserte pour aller à la caserne. Ici, la vie est lugubre. Et en plus, aucun fruit, aucun rabe ne viennent augmenter la ration. Nous quittons ce taudis le 2 septembre pour prendre un train qui doit nous conduire en Allemagne. Chez l’ennemi. C’est un train avec des wagons à bestiaux. Défilé des gares : Wissenbourg, Karlsruhe, Mülhacker, Asperg... Nous arrivons enfin. Nous sommes à Ludwigsburg. Il est dix neuf heures trente. Nous descendons. Nous en avons marre ! Cinquante hommes enfermés dans ces wagons : nous étouffions et nous crevions de faim... Mais ce n’est pas fini : nous devons continuer à pied pour aller au camp de Stuttgart ! Nous y arrivons, épuisés, à dix heures. Nous nous couchons par terre et nous dormons immédiatement. Le réveil est à six heures pour effectuer le triage des quatre mille hommes que nous sommes. On nous fouille, on nous douche, on nous désinfecte (ça, on en a bien besoin vu les odeurs qui règnent), et on nous photographie. Nous sommes bien nourris en comparaison de ce que l’on a connu auparavant, et nous couchons dans de petits baraquements. Le 5 septembre, réveil à trois heures, et en route. Je fais partie d’un petit kommando de trente hommes. Nous reprenons le train, repassons à Asperg et nous allons jusqu'à Lahr. Et nous reprenons encore un train qui nous emmène huit kilomètres plus loin, à Allmanweir. Il est huit heures et demie. Nos gardes nous dirigent vers la mairie où l’on nous remet un papier avec un nom écrit dessus. C’est la famille chez qui nous devons aller travailler. Et me voilà parti chez mon futur patron. Je suis très bien reçu : on me donne à manger, à boire, et on parle par gestes. C’est triste de ne pouvoir se comprendre. Mais mon gardien revient me chercher pour aller dormir. Nous sommes dix ensembles dans une petite pièce. Je suis séparé de mes copains, ça me donne un cafard terrible. Et je pense à Michèle à Sauzé, dont je n’ai plus de nouvelles et qui doit terriblement s’inquiéter... Le travail est assez dur, sans interruption, juste un quart d'heure pour manger. Les premiers temps on trouve tout bon. Alors je mange bien et je reprends des forces. Mon patron se nomme Karl. La maison a un commis, deux femmes, une fille, trois garçons jeunes dont le plus vieux, Heinz, treize ans, est très gentil, et deux vieillards. En fait, ils sont tous très gentils avec moi, sauf Elsa, la bonne, qui s'était imaginé que le prisonnier français ferait ses quatre volontés ! Et, comme tout de suite, je l'ai remise bien à sa place, nous nous sommes détestés et fait, chaque jour, quelques tours vaches. C'était ma guerre contre la teutonne. Le travail consiste en : le matin: panser et étriller cinq chevaux, nourrir les quinze vaches, les quatre veaux, quatre taureaux et vingt cochons, puis faire les travaux des champs toute la journée, et le soir, à nouveau s'occuper des bêtes. J'embauche à six heures et je finis à neuf heures du soir. C'est quand même un peu long. On prend le café à huit heures, lorsque le soin aux bêtes est terminé. A dix heures on a un casse-croûte, à midi une soupe et un plat de patates aux choux avec du lard, ou simplement de la soupe avec des petits gâteaux. A six heures et demie, en fin d'après-midi, on a droit à un autre casse-croûte composé de patates et de fromage blanc. Au total, je mange du lard et des patates quatre fois par jour! Le soir, après neuf heures, je rejoins la chambre où nous, les prisonniers, dormons tous ensemble. Le pays est pourri de gibier : lièvre, perdrix, faisans, chevreuils... Ma chienne Cora, serait folle de joie ici ! Mais les chasseurs sont partis. Vers d'autres chasses, bien différentes... La vie continue, monotone et triste, mais, le 20 octobre, j'ai pu retrouver mes copains et on s'est débrouillés pour coucher tous dans une chambre au-dessus d'un café. En plus, nous pouvons avoir de la bière et du tabac. J'ai touché la paye pour un mois : 14 marks! L'hiver passe si lentement et si tristement... La classe ne vient pas. Ma maison, Michèle, Sauzé, tout cela me semble si loin, comme dans une autre vie, dans un autre monde. Comment vous retrouverais-je ?... Nos deux gardiens sont durs avec nous. Ils nous fouillent trois fois par semaine. Nous en avons marre et nous décidons de nous enfuir. Nous faisons donc des provisions de chocolat, de sucre, de biscuits et de conserves. 10 mai 1941: le grand jour du départ ! Le soir, pendant que nos gardiens sont au café en train de boire, nous préparons une ouverture dans la fenêtre. A minuit et quart, tout le monde dort. Il faut faire doucement car la sentinelle roupille dans la chambre à côté de la notre. Tout va bien. Nous sommes au second étage et nous faisons doucement couler une corde dehors. Camille descend le premier. A peine est-il arrivé en bas qu'un civil arrive, et passe. Il n'a pas fait attention. Puis des soldats passent en chantant, un peu éméchés. René (de Raon-l'Etape) descend en second. Il a juste commencé sa descente qu'un autre civil passe. René reste suspendu sans bouger à mi-trajet, le temps que le promeneur nocturne disparaisse sans l'avoir vu ! Emotions ! Puis je descends à mon tour en récupérant la corde et les souliers. Camille et René ayant déjà gagné les champs, je suis seul dans la rue. J'entends alors des pas pressés derrière moi. Je sens l'anxiété me saisir. Je continue à marcher normalement en sifflotant n'importe quoi. Le gars me rattrape, et me double sans s'occuper de moi. Ouf ! Je rejoins les copains, nous remettons nos souliers et filons en direction d'Ottenheim à travers champs, en passant sous les barbelés et entre les casemates de la ligne Siegfried. Nous finissons par arriver au bord du Rhin. Après une bonne demi-heure de recherches, je trouve une barque. Je fais sauter la chaîne, et ainsi équipés, nous traversons tranquillement le fleuve. Nous attachons la barque à l'autre rive. Il est environ deux heures du matin et nous sommes en Alsace. Nous devons alors traverser une immense zone marécageuse, avec de l'eau jusqu'au ventre. Ce drôle de balade de nuit va durer quatre heures ! Et à six heures du matin nous arrivons enfin sur les bords... du Rhin ! Nous avons tourné en rond toute la nuit! Alors nous nous cachons dans un bois, tout mouillés, et, immobiles nous sommes absolument gelés. Nous sommes dérangé trois fois par des chercheurs de muguet car c'est dimanche et le bois en est recouvert et parfumé. Nous attendons comme ça jusqu'à neuf heures du soir, et nous repartons. Nuit du 11 au 12 mai. Les premières embûches, deux rivières, sont traversées, puis vers une heure du matin c’est un canal que nous devons traverser. Vers trois heures, c’est au tour de l’Ill, qui est très large. Cette fois, nous ne trouvons pas de barque et pour aller de l’autre côté, nous sommes obligés de passer par un pont. Le premier que nous trouvons est dans une petite ville. Là, nous rencontrons deux civils qui nous disent bonjour en allemand. Je réponds tranquillement. René, sans faire attention, leur répond en français ! Les civils comprennent que nous sommes des prisonniers. Ils rigolent et continuent leur chemin. Sans autre problème, nous empruntons deux autres ponts et nous prenons la direction des champs. Plus tard, dans la campagne, un gendarme français nous aperçoit. Cet imbécile veut nous attraper. Pour gagner une médaille peut-être? Mais nous n'avons pas envie de lui rendre ce service, et après (quand même) deux heures de ruses et de cache-cache nous le semons. Nous arrivons ensuite au pied d'une montagne. C'est le matin et il fait très froid. Nos pantalons mouillés sont gelés sur nous. Nous essayons de dormir. Au bout d'une demi-heure nous sommes réveillés par le froid et par deux sangliers qui fouillent à dix mètres de nous. Je les ai d’abord pris pour une patrouille allemande bruyante. On se met au soleil, et quand nous sommes réchauffés nous repartons. Le soir, nous sommes égarés dans la montagne. Je vais à la recherche d'un village pour nous renseigner. Ma première rencontre est un garçon d'une dizaine d'années. Je m’adresse à lui mais il ne parle pas le français. J'essaie de m’expliquer en allemand, comme je peux, puis je vois un jeune homme d'une vingtaine d'années. C'est le grand frère et il parle français, ça facilite bien les choses. Il m'explique parfaitement la route à prendre et promet de ne pas nous dénoncer. Nous voulons dormir, mais le froid nous en empêchant, nous repartons. Les étoiles et la mousse des troncs d'arbres nous guident. Nous passons successivement neuf montagnes. Nous sommes crevés, exténués. 14 mai au matin. On avance toujours, on se repose souvent, on dort debout, mais le froid ne nous permet pas de dormir vraiment. Ici, en altitude, il y a de la neige. Vers huit heures nous rencontrons un forestier qui nous accompagne pour nous montrer la frontière. Au loin, il nous désigne le Mont Climont, facilement reconnaissable à sa forme en pyramide. Ce sera notre objectif : toujours aller vers lui. Nous en faisons l'approche pendant la journée, en nous tenant le plus possible dans les hautes forêts afin d'éviter les mauvaises rencontres, puis nous attendons la nuit pour passer la frontière. Nous la passons vers onze heures, en marchant dans un petit ruisseau glacé, les pieds nus. On est contents et on sent moins le froid. Tout va bien, on est en France ! Nous sommes en fuite depuis quatre jours. La lune donne en plein et éclaire parfaitement une grande plaine : la France! Avec le courage que nous donne ce moment agréable, nous continuons. Nous faisons cinq kilomètres et nous entendons tout à coup crier: - Halt ! Avec un accent que nous ne connaissons que trop! Ce sont deux sentinelles allemandes qui viennent de nous apercevoir en plein champs! Nous prenons nos jambes à notre cou et nous fuyons vers la ligne de chemin de fer, à six cents mètres de là. Ils tirent deux coups de feu dans notre direction, on entend les balles miauler au passage. Nous arrivons aux rails et nous nous trouvons en face... de plusieurs soldats. Dans l'état où nous sommes de faiblesse et de fatigue, nous renonçons à la fuite et nous nous rendons. Ils nous cueillent comme des fruits trop mûrs. Nous étions arrivés à dix sept kilomètres de St-Dié ! Nous sommes conduits à Saales. Les sentinelles sont chics pour nous. Un sous-officier nous emmène dans un camp où nous mangeons et buvons du vin. Le 15 mai, nous sommes transportés en traction au camp de Schirmeck, à la Broque. Ici, le régime est sévère. Nous sommes avec des Alsaciens. Deux jours après, une camionnette nous emporte vers une prison de Strasbourg. Nous sommes plutôt bien traités, et nous touchons du tabac et des biscuits. Nous restons là pendant cinq jours, puis on nous met dans un train qui nous emmène à Baden-Baden. Nous sommes jugés le 23 mai. Nous passons devant l'officier de Justice qui est installé à l'hôtel Terminus. Verdict : dix jours de cellule et deux mois de Compagnie disciplinaire ! Ça va être dur ! Le soir on nous remet dans un train. Nous sommes une trentaine dans le même cas. Après l'arrivée on fait cinq kilomètres à pied et nous voila au camp de Malseckbar, en attendant que les cellules de Rastatt se vident pour nous recevoir. Le dimanche, entre prisonniers, nous organisons un concert car nous avons du temps et pas de distractions. Notre concert est très réussi car nous avons la veine d'avoir parmi nous quatre ou cinq vraies vedettes des music-halls de Paris. Le lundi, je rencontre un bon copain qui se trouve dans la même situation que moi. Il me passe un peu à manger et du linge propre. Le lendemain, à deux heures de l'après-midi, nous partons vingt cinq hommes pour la prison de Rastatt. Nous faisons sept kilomètres à pied et traversons Baden-Baden qui est un endroit chic et élégant dans un site merveilleux, puis nous prenons le train. Direction : la taule. Nous y arrivons à cinq heures et demie. Nous traversons la ville de Rastatt à pied et arrivons à la prison. On nous fouille avant de nous faire prendre place chacun dans nos petites cellules, grises, lugubres et sales. Et, dans le froid et les odeurs de moisi, je suis seul avec mes pensées, avec ce sentiment de voir tout mon présent, mon avenir, ma vie se dissoudre dans cette guerre horrible. Un par un les dix jours s'étirent tristement, s'écoulent avec une lenteur infinie. Je suis nourri au pain sec et à l'eau, avec un supplément de soupe tiède et insipide tous les quatre jours. Enfin, l'enfermement se termine. Nous sommes vraiment heureux de pouvoir respirer le grand air à pleins poumons et de voir le jour. Physiquement nous sommes marqués: nous avons de sales têtes avec une barbe et une crasse de dix jours, et nous avons affreusement maigris. Nous sommes bien faibles. En train puis à pied, nous regagnons le camp de Malschbach où nous arrivons le soir du 6 Juin. Nous y attendons le départ pour la Compagnie de discipline. Cette attente dure onze jours, pendant lesquels nous pouvons nous refaire une petite santé. De toute façon, nous ne sommes pas pressés. Mais dans la nuit du 17 au 18 juin, nous partons à Baden-Baden prendre le train. Nous sommes trente deux hommes que l'on enferme dans un wagon à bestiaux. On roule de huit heures du matin à onze heures du soir : treize heures secoués sur un plancher bien dur! Arrivés au camp disciplinaire, nous sommes encore soumis à une fouille très sérieuse. Á trois heures on peut - enfin - se coucher et dormir. Pas longtemps. Deux heures plus tard, nous sommes réveillés pour être douchés, désinfectés, afin d'être prêts à partir au travail le lendemain, le 21 juin, jour de l'été. D'ailleurs, il fait très chaud. Nous sommes à huit cents mètres d'altitude, sur un sommet en pleine Montagne Noire. Le site est superbe ... Voici plus d'un mois que je suis ici. J'ai fait tous les métiers en peu de temps : charbonnier, menuisier, maçon, peintre, vidangeur, carrier, j'ai travaillé sur les routes, sur les chemins de fer, j'ai arraché des quintaux d'herbe, fait les foins, goudronné des routes, déchargé des wagons, installé des barbelés et ramassé des déchets jardiniers... Tous les matins c'est la dispute pour aller dans un bon kommando. Le meilleur, c'est Lâger-Standart, le camp de base des Allemands où nous arrivons à nous procurer du pain en leur volant. Plusieurs évasions et tentatives ont fait doubler la discipline : nous sommes fouillés matin et soir, nous travaillons sans veste, bien que parfois le temps soit très froid. Ni capote ni pull-over ne sont tolérés. Pas de portefeuille ni de photos. S'il pleut, il faut rester dehors. C'est très dur. C'est bien un camp disciplinaire. En plus, entre prisonniers, il règne l'entente la plus affreuse que l'on puisse imaginer. Le vol y règne en grand. Les effets personnels, le tabac, la nourriture, le matériel, tout se vole. Et tous se volent les uns les autres. Pour manger, les derniers servis n'ont rien, les premiers ont pris leur part. Des bêtes ! C'est écœurant ! Heureusement je ne suis que de passage. Vivement que je sorte de là... Mais il y a encore un mois à tirer. Une éternité. Mais ça passe quand même. Et le 27 Août j'apprends que je pourrai partir dans deux jours. Cela m'aura fait un séjour de deux mois et dix jours. Un séjour qui ne se termine pas trop mal : depuis quinze jours je travaille comme cuistot à la popote des prisonniers russes. Nous sommes vingt Français à cette bonne planque où, surtout, nous mangeons très bien. J'ai bien repris du poids et des forces, mais je suis quand même bien content que cela s'achève. Pour compléter le tableau, le temps est affreux, il pleut continuellement, il fait froid... Sale pays... Enfin, le 30 août, c'est le départ en train. Après un passage administratif à la prison de Stuttgart, nous regagnons Malschbach où - après la marche habituelle - nous arrivons vers onze heures du soir. Le lendemain, nous passons au "marchand d'esclaves". Je partirai en kommando de travail dans cinq jours. Ça va. Comme prévu, le 4 septembre, c'est le départ en train pour Holzerlingen où, après onze heures de trajet et de nombreux arrêts et changements, nous débarquons à vingt trois hommes. Je dois aller travailler chez un jardinier, avec un copain, Jean qui est lui-même jardinier au Château de Chantilly. Le 17, je ne vais pas au boulot, je garde la chambre, je suis malade, je tousse beaucoup et j'ai de la fièvre. Ça fait huit jours que je traîne ça. À la mi-octobre, je dois quitter Holzerlingen. Je regrette bien mon patron, Adolph. Je prends le train, je change plusieurs fois, on passe à Stuttgart et on débarque à Ludwigsburg. Après quatre kilomètres à pied on arrive au camp. Le lendemain, nous avons droit à la fouille (des fois qu'on leur ait pris un tank) et à la grande désinfection avant de partir à pied pour Canstatt. Nous sommes un kommando de deux cent cinquante hommes et nous sommes désignés pour travailler dans l'usine à sucre du coin. Pendant deux mois et demi c'est un travail très dur, en particulier à la presse à sucre avec quarante ou cinquante degrés de chaleur. Après ça, on doit nous envoyer vers une autre destination. 25 décembre. Noël triste. Le cafard. L'éloignement. La solitude. L'impression de ne plus exister. Ça n'en finira donc jamais? ... l’er Janvier 1942: je reçois une lettre de Michèle. Elle me quitte. Je suis fou de désespoir. Le soir, ivre de douleur, je m'évade avec un copain. Nous mettons trois jours pour rejoindre Holzerlingen. Je ne pense à rien. Qu'à Michèle. Qu'au monde qui vient de s'écrouler. Qu’à ce qui me donnait la force de tenir debout dans cette guerre... Après une marche pénible dans la neige le dimanche soir, un autre copain nous a rejoint. Mais son évasion n'est pas passée inaperçue et nous sommes tous les trois arrêtés à neuf heures du soir. Nous passons la nuit et la journée du lundi dans la prison du pays. Nous nous évadons de cette prison dans la nuit du lundi au mardi. Nous n'avons pas de provisions, nous ne sommes pas prêts, nous n'avons aucune connaissance de la région. Nous nous cachons à la piscine le mardi toute la journée et repartons la nuit. Nous nous faisons le plus discret possible mais nous sommes recherchés activement, et nous nous faisons arrêter en pleine campagne à trois heures du matin... Fin de l'évasion. Le jeudi, nous sommes ramenés à Ludwigsburg, et, le samedi nous passons devant l'officier de justice. Nous attendons quinze jours en prison ... Je suis condamné à vingt et un jours de cellule, vu que ça n'était pas la première évasion. En attendant l'exécution de ma peine on m'envoie à Muntsingen, en prison, d'où je reviens le 3 février. Nous sommes six récidivistes dans la même situation. Il paraît qu'on va nous expédier loin ... Le départ est le 9 février. Nous nous retrouvons à vingt dans un coin de wagon, et nous en avons pour deux jours de train! Quarante huit heures difficiles, avec la faim, le froid, entassés. Ils nous emmènent vraiment loin! Au bout de ce long voyage, nous débarquons à Tiplitz, au Stalag IV, en ce qui était la Tchécoslovaquie avant que les Allemands l'annexent. Nous couchons encore en taule, deux jours et deux nuits, puis nous partons en camion dans le camp disciplinaire de Schwaz, en pays des Sudètes. À partir de la mi-février, nous travaillons dans les mines de charbon : c'est le bagne de la poussière noire. Mais ça me fait moins mal que ce qui me ronge l'esprit : Michèle me quitte... À la mi-avril, on nous expédie dans un autre camp, à Triebchitz près de Brüx où nous embauchons chez un entrepreneur de travaux publics à faire des terrassements. C'est déjà mieux. On est en plein air. Et comme le monde est vraiment petit, j'y retrouve un copain de St.-Jean d'Angély, Henri! Ça fait du bien au moral d'être deux, car là, ils nous ont mis loin de notre Charente! Pour nous enlever toute idée d’évasion ? Début mai, je suis rappelé au Stalag IV C. Je quitte donc les copains. Je prends le train qui m'emmène à Wistrizt, siège du IV C. J'attends deux jours et on m'envoie à Mülhiberg, au Stalag IV B où j'attends... J'attends une mutation : ils ont besoin de prisonniers connaissant la maçonnerie pour construire des défenses sur l'Atlantique, autour de La Rochelle. J'ai un espoir fou. Une occasion pareille de retourner au pays ne peut pas se laisser passer! Début juin, j'attends toujours. Mais aujourd'hui, nous allons à l'enterrement de notre camarade D., qui habitait Plassay près de Saintes. Nous étions quarante Français et un peloton de soldats allemands pour lui rendre les honneurs avec salves. D. était de la classe 27, veuf et père d'une petite fille de douze ans. Le Stalag IV B est très bien et très grand. Nous avons une piscine, un terrain de football, de basket, de volley-ball, de boules. Il y a des barres fixes et autres engins de gymnastique, et même des jardins! Nous sommes 1800 Français, 1200 Hindous, 600 Serbes, des milliers de Russes, et encore d'autres nationalités. J'ai été placé ici pour être muté, mais rien ne vient. Pourvu que mes évasions ne viennent pas tout annuler. Le temps me semble horriblement long. Et j'ai toujours cette douleur au fond de moi qui me ronge... Mi-juin : terrible nouvelle : les mutations sont suspendues ! Le désespoir s'installe. Mi-juillet. Les rapatriements reprennent. Nous nous remettons à espérer. Nous sommes le 15, j'ai 34 ans aujourd'hui... Août... Septembre... J'attends... Mais j'attends quoi ... ? En deux ans et demi, j'ai perdu la meilleure part de ma vie, ma femme et tous mes espoirs d'avoir une famille, mes rêves, et beaucoup de copains qui sont morts... Que vais trouver au pays ? Une maison sans âme. Combien de temps cette guerre va t-elle encore durer ? Ici, prisonniers oubliés, nous sommes en train de tout perdre. Comme tous, durant cette attente, je me débrouille pour oublier le temps qui ne passe pas. Je travaille à la cuisine. Et je joue au poker ... Des parties interminables ... Rapatrié à La Rochelle le 13 octobre 1942, Maurice M. fut affecté aux travaux de construction du Mur de l'Atlantique, jusqu'à la fin de la guerre. Auzielle, Juin 1994

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Commentaires (1)

Vanessa
  • 1. Vanessa | 15/06/2015
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