Lieutenant Gonthier n°3

147ème R.I.F.

11ème C.M.

Rapport

 

du Lieutenant Gonthier, ex-commandant de la

11ème C.M. du 147ème R.I.F., relatif à la période

23 Août 1939 – 13 Mai 1940

Dispositif général sur La P.R. (et en avant de la P.R. s’il y a lieu),

amalgame des troupes de campagne.

 

 

Dans le plan primitif, le 3ème Bataillon du 147e R.I.F. (Cdt Ro Crousse) occupait

le quartier de Donchery qui comprenait trois centres de résistance.

 

Bellevue, tenu par la 9ème C.M.

Donchery, tenu par la 10ème C.M.

La Bar, tenu par la 11ème C.M.

 

Le bataillon était sous les ordres de son chef ; les unités n’étaient pas dissociées. Certes les fronts étaient grands, mis tout le réseau des transmissions était installé en fonction de cette organisation. Il convergeait vers les P.C. du bataillon, à la Croix Piot. Disons tout de suite, qu’il ne fut pas modifié. Ainsi, dans la bataille, ne fut il plus facile de communiquer avec le Cdt Ro Crousse, qu’avec le Cdt Frages, du 331, mon chef direct. La 11ème Compagnie recevait pour l’occupation du centre de résistance

 

a) un groupe de mitrailleuses de la 9e C.M.

b) 4 canons de 25

2 groupes de mortiers

1 section de fusiliers voltigeurs à 3 F.M. venant de la 3ème C.E.F.V.

 

Sur le terrain se trouvaient donc disposées les armes suivantes, sur un front de 2.400 mètres et d’une profondeur de 1.800 mètres.

17 mitrailleuses

15 fusils mitrailleurs

4 tubes de mortiers de 81 m/m

4 canons de 25 SA Hotchkiss

 

Dans l’organisation du terrain, nous avons vu que le réseau s’éloignait sensiblement de la Meuse pour aller passer derrière l’agglomération de Pont à Bar. Une grande étendue de terrain se serait trouvé abandonné à l’ennemi, et lui aurait facilité la création d’une tête de pont, si elle n’avait pas été sous notre surveillance. L’îlot boisé du Gravier, situé près de Vrigne Meuse, au débouché d’une route venant par un itinéraire couvert de la Belgique, était considéré comme point sensible. En effet, la gare, le village pouvaient fournir des matériaux pour la construction de passerelles ; elles auraient même pu être lancées sur le bras mort, avant d’être jetées sur la Meuse. Avec une grande partie du tir des mitrailleuses, les concentrations des mortiers convergeaient en ce point. Afin de faciliter la surveillance des lisières de Vrigne Meuse, le

déboisement du Gravier avait été prévu. Mais ce travail important ne put être réalisé en hiver, à cause de la crue de la rivière, le bétonnage ensuite nous prit tout notre personnel. Nous verrons d’ailleurs que l’ennemi ne tenta pas le franchissement de la Meuse à cet endroit : il avait dû trouver plus de facilité en d’autres points. Une section de voltigeurs fournie par la C.E.F.V., avait pour mission de signaler l’arrivée de l’ennemi et de s’opposer à ses tentatives de franchissement. Elle se repliait ensuite pour permettre le déclenchement d’un barrage général.

Deux fusils mitrailleurs étaient placés sur les remblais d’une ancienne voie ferrée et de cette position légèrement dominante, surveillaient le débouché du bras mort est et l’endroit où le réseau quittait la rivière. Les deux groupes avaient un long boyau, creusé dans le talus ; ils regagnaient les lignes près de la ferme Condé après avoir franchi la route Sedan-Charleville. Le troisième groupe, placé à l’ouest de la Bar, en bordure de la Meuse, surveillait le bras mort ouest. Il se repliait en empruntant le cours sinueux de la Bar, dont les berges étaient couvertes de taillis. Il venait rejoindre les deux autres groupes en passant derrière le talus de la route nationale. La section regroupée devait ensuite participer à la défense des lisières est du village de Villers sur Bar. Le centre de résistance proprement dit situé au sud du réseau comprenait

trois points d’appui. De l’ouest à l’est et du nord au sud, on trouvait

                        

1°) Le point d’appui du Bois, sur la rive gauche de la Bar et du canal des Ardennes

Garnison 1 section de mitrailleuses

1 section de voltigeurs

1 groupe de mortier

1 canon de 25

Au total 5 mitrailleuses

8 fusils mitrailleurs

2 tubes de 81m/m

1 canon de 25

Mission liaison avec l’Armée voisine

Flanquement du réseau en direction du pont de la Bar

 

2°)le point d’appui de la ferme de Condé sur la rive est de la Bar

Garnison 1 section de mitrailleuses

1 groupe de combat réduit de la 9e C.M.

1 canon de 25

1 groupe de mortier

Au total 5 mitrailleuses

4 fusils mitrailleurs

2 tubes de 81 m/m

1 canon de 25

Mission liaison des feux avec la 10e C.M. (centre de résistance de Donchery)

Flanquement du réseau en direction de la route de Charleville.

 

3°) le point d’appui du Rouillon

Garnison 1 section de mitrailleuses

1 groupe supplémentaire de mitrailleuses

2 canons de 25

Au total 7 mitrailleuses

2 canons de 25

 

Mission : Tirs dans la vallée de la Bar en direction du Gravier – Cloisonnement

A la suite du renforcement du secteur par la 65ème Division de

réserve, le 213ème R.I. vint occuper une deuxième position. Une nouvelle

répartition du commandement eut lieu. Le Chef de Bataillon, Cdt le III/147, conservait les centres de résistance de Bellevue et de Donchery. Le C.R. de la Bar passait sous le commandement d’un chef de Bataillon du 213ème. L’ensemble relevant du Lt Colonel Labarthe, commandant le 213ème R.I.

Dans le courant du mois de mars, alors que je me trouvais au cours des spécialistes d’infanterie au camp de Mourmelon, le centre de résistance de la Bar fut coupé en deux. L’ancien point d’appui du Bois, divisé en point d’appui de l’usine(pièces placées près du canal des Ardennes) et point d’appui du Bois (pièces placées aux environs du 82 bis) formait avec divers autres éléments, le centre de résistance d’Hannogne commandé par un officier du 213e R.I.

Sur rive est de la Bar, les anciens points d’appui de la ferme de Condé et du Rouillon, restent sans changement notable. Un troisième point d’appui était formé à l’intérieur de Villers sur Bar, tenu par deux sections de fusiliers voltigeurs. L’une était celle qui se repliait du Gravier. L’autre envoyée parla C.E.F.V. tenant les lisières nord. Une section de mitrailleuses du 11e BM

devait donc renforcer ce point d’appui. Ce découpage ne fut pas une mesure heureuse. En fait, pendant toute la première période calme, j’eus à m’occuper de tous les éléments de ma

compagnie. Moi-même la plupart du temps, je m’adressais à mon Chef de Bataillon du 147e (Cdt Ra Crousse) qui voulut bien me faire parvenir ce dont j’avais besoin, dans la mesure de mes possibilités. Les autorités qui avaient droit de regard s’étaient multipliées. Pour ne citer que mon cas, je relevais

 

a) du Colonel et du Chef de Bataillon du 147e en ce qui concerne les questions de discipline, de ravitaillement, d’habillement.

b) du Colonel et Chef de Bataillon du 213e en ce qui concerne le secteur.

c) du Capitaine, Cdt le C.R. de Hannogne puisque la moitié de ma compagnie si trouvait sous ses ordres.

d) au 148e R.I.F. puisque j’étais l’élément critique du secteur bien que n’étant pas le centre de résistance de liaison.

Nous ajoutons, pendant la période de calme

e) les divers majors de cantonnement, mon unité bivouaquait ou cantonnement sur trois communes : Villers sur Bar, Hannogne St Martin et Don le Mesnil.

f) le génie pour tous les travaux de bétonnage. Inutile de vous dire qu’il était difficile de contenter tout le monde.

La dissociation d’une unité élémentaire comme la compagnie d’infanterie ne peut donner de bons résultats. L’homme obéit toujours avec défiance à un chef qu’il ne connaît pas et les « subsistant » sont toujours les « parents pauvres ». Aussi le 147ème supporta t’il bien souvent tout le poids des péchés d’Israël.

L’amalgame était donc loin d’être réalisé. Il y avait d’ailleurs une trop grande différence de recrutement, de discipline et d’esprit militaire entre nous.

Du moins, le 213ème R.I. avait-il l’avantage d’avoir appris à connaître la position et le terrain. Nous avions travaillé ensemble, des contacts s’étaient effectués ; nous nous connaissions malgré tout. Hélas, au début de mai, (le 7 si mes souvenirs sont exacts) ce régiment partait à l’instruction aux environs de Vouziers et il fut remplacé parle 331e R.I. (Lt Colonel Lafont). Le

Cdt Frogé prenant le commandement du C.R. de Villers sur Bar et en même temps, celui du régiment, le Colonel partant en permission. Les compagnies étaient donc à peine passées, une reconnaissance sommaire du terrain avait été faite, mais les cadres ne possédaient pas à fond les missions et les divers chefs se trouvaient par suite du départ du Colonel, décalés d’un rang.

Un capitaine du 331e prit donc le commandement du centre de résistance de Villers sur Bar et j’allais dans la soirée du 11 Mai à son P.C. de la Croix Piot renseigner sa carte et le mettre au courant de mon dispositif. Un petit exemple de cette ignorance du terrain. Le 13 Mai, dans le courant de l’après-midi, je signalais des colonnes allemandes arrivant dans Vrigne Meuse, le point important du terrain. L’Officier qui était au téléphone, me pria de lui désigner le village par coordonnées, afin de le trouver sur la carte. Je l’en remercie d’ailleurs aujourd’hui très sincèrement car tandis que je me baissais un peu en maugréant pour prendre à terre mon double décimètre, un éclat de bombe vint se ficher dans la paroi de la tranchée où je me trouvais quelques instants auparavant. En ce qui concerne la ligne d’avant-postes situés à la hauteur de Vrigne aux Bois, elle était très faiblement tenue. 2 canons de 37 et huit fusils

mitrailleurs étaient installés entre le bois de la Roche et le carrefour de Montimont, sur un front de près de trois kilomètres, formant quatre points d’appui.

En résumé, le renforcement sur la position de résistance ne remplira pas le rôle assigné. Dans le but de faciliter le commandement, en resserrant les fronts, il a dissocié les unités. De plu, par un hasard malheureux, les troupes de renfort ne connaissaient parfaitement ni les missions ni le secteur, ce qui est indispensable dans la défensive. C’est un avantage certain en faveur de la

surprise.

 

Gueret, le 28 Juin 1941

Gonthier

147ème R.I.F.

 

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