Soldat Martinet 147 Rif Maison Forte de Saint Menges

          Quel homme têtu, ce ministre de la Guerre. Il devait savoir que le métier de soldat me plaisait. Alors, toujours le même motif : l'armement moderne. En 1938, Saint-Menges, oh ce n'est pas loin. Notre capitaine, Ehrart, un rappelé comme nous, avec presque toute sa compagnie, casernée à Floing. Moi, j'étais sous les ordres du lieutenant instituteur à Daigny ou Illiers. Nous n'étions que quarante-deux, je crois qu'il y avait six douaniers, à peu près autant de gardes mobiles et les autres des gars comme moi. Alors, pas question d'armement. On est restés huit jours, à côté de la maison de la douane. Moi, en cachette, je sautais sur mon vélo. Je préférais aller coucher chez moi, et le matin j'étais présent. Comme ça, les huit jours se sont vite finis. J'espérais que c'en serait quand même fini, cette histoire de devoir tous les ans endosser un costume qui ne valait pas mes frusques de civil. Mais non, ce n'était pas fini, la guerre, si on peut appeler celle de 39 une guerre. Alors, là, ce n'était plus de la rigolade. Bien sûr, Saint-Menges, les mêmes gradés. Je suis patriote et je veux bien aller défendre ma patrie, car c'est notre mère, et (vous ne le savez pas) qu'y a-t-il de plus beau que de mourir pour elle ? "C'est notre mission, comme l'avait dit notre très chic lieutenant. Lorsque j'enverrai une fusée éclairante, vous aurez cinq minutes pour évacuer les lieux, car le gros de l'Armée, qui est de l'autre côté de la Meuse doit tirer où nous sommes pour arrêter l'armée ennemie". Alors, courageusement, c'est vrai, car j'étais dans le milieu de la forêt, j'ai, avec les copains, avec du fil de fer et en faisant couper de petits arbres, tracé un chemin à travers bois pour arriver à la sortie. Oui, cinq minutes, c'est peu. Le lieutenant a pris modèle sur moi et en a fait faire autant aux autres. On avait aussi fait une cahute. Moi, je ne savais pas, mais un copain avec pas mal d'arbres abattus nous a fait une bonne cahute. On y avait chaud. Et puis, il y avait des barbelés devant nous en cas que... Tout cela a été inutile. Un beau jour, on me dit : "Martinet, prends une pioche et abats ce coin de maison". C'était une belle petite maison, mais enfin, c'était un ordre. Après quelques coups de pioche, je vois une grande plaque de fonte ou d'acier avec un gros trou pour y passer l'affût d'un canon. Ce canon nous a été livré, mais le trou et les gros boulons pour le fixer ne correspondaient pas. Qu’importe, on l'a calé avec des traverses de chemin de fer. Notre vrai canon était à la Hatrelle, un peu plus loin, et on nous avait donné le leur. Etrange, mais vrai ! Mais quand même, on n'avait pas invité les Allemands à venir passer plus de quatre ans des vacances chez nous. Alors, pour les empêcher de venir, nous avons reçu l'ordre de mettre dans les bois des bombes anti-chars. On faisait des trous dans les bois d'environ 60 ou 65 cm de profondeur et on y a introduit des bombes. Elles pesaient, je crois, vingt à vingt-cinq kilos. Il y avait sur le dessus une vis où l'on devait, en cas d'avance des ennemis, mettre un percuteur. Bien sûr, on ne pouvait pas le faire avant, c'était trop dangereux. Les Belges comme les Français, les marchands de bois auraient fait sauter ces bombes. Combien avant nous en avaient mis des centaines ? Eh oui, on se disait : "Qu'est-ce qu'ils vont prendre, les Allemands, s'ils ont le culot de venir piétiner notre beau sol de France. Ils vont y laisser des plumes. Eh bien non, il n'y ont rien laissé, car le vendredi, les hommes ont reçu l'ordre de déterrer ces bombes anti-chars pour les remettre en peinture. Ce qui n'a jamais été fait, bien sûr. Mais cela voulait dire : "Les troupes de Hitler peuvent entrer. La porte de France est grande ouverte." Oh, il y a eu quelque résistance vers le sud de Sedan. Un bataillon de tirailleurs algériens a tenu tête, très peu de temps, aux Allemands. Tous ces Algériens sont enterrés non loin de chez moi, sur le plateau de Floing. Un peu des nôtres aussi ont fait le maximum, mais peu de temps après, ils étaient prisonniers. Et en quantité, par millions. Mais où étaient nos officiers supérieurs ? Des hommes invisibles. L'Angleterre en a adopté, hein, mon grand Charles, et ton régiment, tu l'as laissé en France, bon pour remplacer les mobilisés allemands et aller passer quatre ans de vacances en Allemagne. J'attends celui qui me dira que j'ai dit un mot de diffamation. J'offre et pourtant je ne suis pas riche, un million ancien à celui qui me prouvera que j'ai dit un mot de mensonge. Je n'ai été mobilisé que trois mois. Je travaillais aux aciéries de Longwy à Sedan. J'ai été "affecté spécial". Pourtant, mon métier pouvait s'apprendre en deux secondes, prendre les tôles à gauche, regarder si elles n'avaient pas de défaut, et, en les comptant, les empiler à droite. C'était vraiment un travail très intellectuel. Tant mieux, je suis allé en Vendée, à Fontenay-le-Comte, porter mes deux masques à gaz, et, une fois rentré à Sedan, je suis allé à la gendarmerie porter ma tenue. Bien sûr, en revenant de Fontenay-le-Comte, je ne risquais plus les gaz, il n'y a que ceux qui sont sous les drapeaux qui risquent l'asphyxie. Tout ceci est vrai, comme tout mon récit.

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